L’Impérialisme des Multinationales Royales

Par , Le 8 avril 2024 (Temps de lecture estimé : 7 min)

Dans un monde où la royauté se réinvente en entrepreneur, ce récit audacieux imagine une mosaïque de territoires libres de tout état, où la concurrence et l’innovation règnent. Une vision où la paix et la prospérité défient la guerre et l’étatisme.

imperialisme

Dans son superbe article sur le Roi-entrepreneur, Réné présentait récemment sa vision d’un libertarianisme où le roi ferait un retour libérateur – paradoxe, ô paradoxe – par sa possible transformation en « roi-entrepreneur ».

Cette lecture rafraîchissante m’a donné l’envie de la prolonger en tentant d’aller plus loin dans sa logique, d’une part pour en soutenir la thèse, mais aussi pour montrer la robustesse qui ferait le monde libre face à la menace d’un retour étatique, et face à la menace géopolitique qu’on nous oppose souvent comme celle à laquelle la Liberté ne pourrait pas, finalement, répondre et résister.

Pour résumer, René – et d’autres avec lui – entrevoit une mosaïque des 1000 Liechtenstein où sur certains de ces territoires, un « roi-entrepreneur » aurait pris la tête d’une entreprise propriétaire de son territoire, faisant business de proposer des services de résidence libre et sécurisée à ses clients.

On peut s’imaginer un roi-entrepreneur un peu comme le capitaine d’un bateau de croisière, de croisières de longue durée. Ou comme le patron d’un hôtel ou d’une résidence d’appartements. Sur son navire, qu’il doit rendre attrayant et attractif pour être complet et aussi rentable que possible, il veille à la sécurité et à la satisfaction de ses multiples passagers tout au long de leur séjour et voyage.

Remarquez que ce capitaine n’a besoin de l’autorité d’aucun « état » pour apporter tous ces services. Il joue – avec son équipage – le rôle de ce régalien que tant de gens imaginent devoir être dans les mains d’un monopole – sauf qu’une fois sur son bateau, on n’est pas prisonnier, on part quand on veut, à la prochaine escale ou à la fin du séjour. La fonction régalienne est assurée, un état sans état.

Face à la concurrence des 1000 Navires, il s’agit pour tout capitaine – ou roi-entrepreneur – d’être à la pointe de la séduction des clients, actuels et futurs. Les territoires, les navires et hôtels rivalisent donc constamment de services, de fantaisies, de sécurité, de luxe et de confort. La frontière entre résidence d’habitation et parc de loisir est parfois ténue. Il se développe même de plus en plus des résidences à thème, tel un territoire dont les quartiers rappellent chacun une ville d’Europe, ou cet autre territoire où le roi a fait le pari d’installer les habitations au sein d’immenses serres tropicales.

Cette course à la séduction coûte cher, les investissements sont nombreux et en continu. Pour les financer, il faut des capitaux et optimiser les coûts par des économies d’échelle, entre autres. Cela, comme pour toutes les industries, pousse nos rois-entrepreneurs à se regrouper, à s’associer, à lier leurs sorts par divers contrats leur permettant de partager des ressources, des savoir-faire, leurs marques commerciales ou encore leurs technologies. Voilà bientôt nos rois-entrepreneurs faisant partie, voire à la tête de groupes et de multinationales de la résidence libre et prospère. Bientôt, la marque #1000Liechtenstein s’affiche sur tous les panneaux publicitaires et dans tous les magazines. Elle est concurrencée par la marque de luxe Andorre & Monaco et par le célèbre groupe Vaduz4U.

Au fil des ans, la bataille commerciale et la compétition entre les marques font rage et redessinent la carte mondiale. La mosaïque de milliers de territoires libres fait un kaléidoscope qui n’en finit pas de changer de nuances. Le bleu sur fond de jaune et noir des fanions des rois-entrepreneurs évolue de proche en proche vers les couleurs des logos de ces grandes marques multinationales, avec toujours en fond une myriade de taches qui ont gardé leur indépendance ou ont résulté de diverses spin-offs. Chaque grand groupe entretient un portefeuille de marques commerciales et destinations diverses à même de répondre à tous les souhaits de résidence des clients, sans avoir à quitter la multinationale.

On parle de « bataille commerciale », mais ce monde ne connaît en réalité aucune bataille. La guerre n’est jamais économique, la guerre – qui détruit – étant le contraire de l’économique – qui construit. Chaque pouce de sol, chaque navire, chaque dirigeable stationnant en altitude, chaque village sous-marin appartient certes à un groupe ou à une coopérative de résidences, chaque résidence passe bon an mal an de mains en mains, chaque roi – ou ses héritiers – change de marque commerciale au gré des fortunes et de la décision de la clientèle. Mais comme aujourd’hui dans le dur monde des affaires, achats et reventes se font sans effusion de sang. La guerre est mauvaise pour le business.

Les multinationales royales sont toujours sur le qui-vive, elles pratiquent un impérialisme sans merci. Mais cet impérialisme se joue à coups de négociations, à coups de contrats, à coups de faillites et de reventes. Dans ces territoires, on ne visite plus les monuments aux morts, ni les soldats inconnus. On vient plutôt y célébrer la disparition des SDF, de la misère noire, de la famine et de la démocratie.

Sur le long terme, les groupes se concentrent encore, la course à la productivité n’a jamais de cesse. Mais la loi des rendements veille, comme elle a toujours veillé sur la taille des entreprises. Regardez autour de vous, rares, très rares sont les groupes de plus d’un million d’employés. Ludwig von Mises nous l’a appris, une entreprise – surtout un conglomérat d’entreprises – n’est jamais qu’un marché interne qui doit rester assez libre et fluide pour fonctionner, faute de quoi l’ensemble s’effondrera, comme en son temps l’URSS s’effondra et la France s’effondrera. La concurrence y veillera encore.

Certains ont pu écrire que dans un monde libre, un monde de rois-entrepreneurs, de multinationales royales ou de tant d’autres formes d’entreprises possibles, à force de concentration des groupes, il finirait forcément de venir un moment ou certains seraient tentés par la guerre et par ses invasions.

Mais faire la guerre suppose d’en avoir les moyens et que cela coûte moins cher que de faire des affaires. Comment expliquer que jamais les entreprises ne décident soudain de se faire la guerre ? Que la guerre est toujours le fait des états ? Parce que les états disposent du monopole de leur monnaie. Mais dans notre histoire, on n’a jamais envisagé que les roi-entrepreneurs disposaient d’un tel monopole. Ils ne le pourraient pas, d’ailleurs, car les clients auraient vite fait de fuir un endroit où leur épargne serait laminée par l’inflation, toujours causée par les tricheries monétaires des états.

La guerre peut aussi être financée par la fiscalité ou par la dette, mais chez nos rois-entrepreneurs, point de fiscalité, point de dette publique. Il faudrait donc que la guerre et ses invasions coûtent moins cher qu’une négociation classique entre businessmen pour qu’elle soit un futur crédible. Mais comment la destruction et la mort pourraient-elles coûter moins cher que la préservation du capital et des hommes ? On l’aura compris, il n’est jamais rentable pour une entreprise de partir en guerre.

Au bout de notre histoire, il y a donc des empereurs-entrepreneurs. Ce ne sont pas des Palpatine, parce que le monde des croisières, des hôtels et des résidences parcs de loisir ne connaît pas les Sénats, les Parlements ni le vote démocratique, qui ruine les civilisations. Ces empereurs sont de vrais aristocrates, ils sont le produit de l’aristocratie de l’entreprise, celle qui rend service aux hommes, celle qui grandit en puissance parce qu’elle permet à chacun de développer la sienne.

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Stéphane GEYRES

Stéphane Geyres est autodidacte de la Liberté. Sur son chemin, il a écrit ou édité 5 livres - dont Liberté Manifeste - co-fondé le site Libéralie, les Editions John Galt et l'Institut Mises France.