FACE à ZEMMOUR, UN AUTRE MODELE D’IMMIGRATION EST POSSIBLE.

Face à Zemmour, un autre modèle d’immigration est possible.

La vedette de la presse, c’est lui. Ces dernières semaines, Eric Zemmour fait couler de l’encre comme aucun autre candidat à la présidentielle et pas un jour ne passe sans que la presse ne le décrive soit comme un xénophobe et sexiste assumé, soit comme l’Homme qui ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas (en fonction du lectorat visé). L’Islam et l’immigration sont au cœur des préoccupations du futur candidat, au point de faire de ces élections « un choix civilisationnel » selon ce dernier.

Force est de constater que le polémiste a réussi à poser ces thèmes au cœur du débat au point de contraindre tous les candidats à se positionner clairement sur la question. Quelle que soit la position défendue par les candidats, des plus favorables à l’immigration (« une chance pour la France ») aux plus hostiles à cette dernière, une constante demeure : c’est à l’Etat que revient le rôle de mener la politique migratoire.

Une approche contractualiste de l’immigration

Cette approche est critiquable pour plusieurs raisons. Premièrement, on voit mal comment une autorité centrale pourrait définir avec exactitude le nombre d’immigrés souhaitable. La détermination bureaucratique (ou démocratique) du nombre d’immigrés est d’autant plus problématique que ceux qui prennent les décisions ne sont pas nécessairement ceux qui en subissent les conséquences. En quoi un élu ou un électeur qui habitent les beaux-quartiers de centre-ville seraient-ils légitimes à encourager une immigration qui viendra se parquer dans les HLM de mon quartier de banlieue ? Mais à l’inverse, de quel droit un bureaucrate hostile à l’immigration empêcherait-il un patron d’embaucher un étranger, ou à un bailleur de lui louer son bien ?

Partant de ce dernier constat, certains libéraux ont pu présenter l’immigration comme un droit et se faire les défenseurs de l’abolition de la politique migratoire, que seule la présence l’Etat Providence rendrait encore légitime. Milton Friedman déclare ainsi :

« Si l’État-providence n’existait pas, il serait alors logique de laisser la porte grande ouverte à l’immigration. Mais avec l’État-providence c’est impossible. Sa présence implique de contrôler l’immigration ». Selon ces derniers, la position libérale consisterait donc à laisser les individus migrer comme bon leur semble.

Mais comme l’a montré Hans Hermann Hoppe, abolir l’Etat providence n’est pas suffisant pour promouvoir l’immigration « libre », car cette immigration n’a rien de « libre » si elle ne s’effectue pas dans le respect de la propriété privé des autochtones, auquel cas elle est tout bonnement  assimilable à une invasion :

« Au contraire, libre en conjonction avec l’immigration ne veut pas dire immigration par initiation lancée par des propriétaires et des entreprises privés, mais invasion non voulue et intégration forcée ; et immigration limitée veut en réalité dire, ou au moins peut vouloir dire, protection des propriétaires et des entreprises par rapport à une invasion non désirée et une intégration forcée. Par conséquent, en défendant le libre-échange et l’immigration limitée, on suit le même principe : demander une invitation pour les individus comme pour les biens et les services. »

Dans une société libertarienne, c’est-à-dire selon M.Rothbard une société où « aucune zone terrestre ne doit rester publique ; chaque mètre carré de terre (…) est privatisé » l’immigration doit donc bien être limitée, mais cette limite est posée par les propriétaires libres de mettre à disposition (location, vente ou autre) leurs logements à des étrangers et non par une politique migratoire qui déterminerait arbitrairement le nombre d’arrivants chaque année. Les propriétaires peuvent aussi se rassembler en communautés et fixer les règles d’entrée sur leurs propriétés comme bon leur semble.

Cette approche dispose selon moi de solides atouts, à commencer par constituer un compromis intéressant pour des personnes qui avaient initialement des positions a priori irréconciliables sur le sujet de l’immigration. Pour ceux qui voient dans l’immigration un ensemble de désagréments, libres à eux de se réunir entre eux et de n’accepter sur leurs propriétés que des personnes de même nationalité (ou de même culture, même religion…). Cela n’empêche pas dans le même temps les individus qui ont une vision plus optimiste de l’immigration ou du multiculturalisme d’accueillir des étrangers sur leur propriété. Il est aussi possible d’imaginer une multitude de positions intermédiaires, avec des propriétaires qui se rassembleraient et accepteraient des étrangers, mais à condition de respecter des critères de leur choix (parler la même langue, ne pas avoir fait l’objet de poursuites judiciaires…).

Quelle que soit sa position, l’individu assume la responsabilité de son choix, et il est désormais impossible de militer pour une immigration qui affecterait quelqu’un d’autre que nous-même. Si vous voulez des immigrés, il faut nouer avec eux un contrat. Mais cela implique aussi pour les individus qui font le choix inverse de trouver des alternatives aux bénéfices qu’apportent l’immigration. Les immigrés (et leur descendance) étant statistiquement surreprésentés dans certains métiers, il faudra accepter de payer ces biens ou services plus chers, voire de s’en passer.

Cette approche permet aussi de répondre à la question du « choix civilisationnel » posée par Zemmour. En effet, si des personnes considèrent qu’une religion comme l’islam devient trop présente dans la vie quotidienne ou que les étrangers représentent un danger démographique, libres à eux de se rassembler en communautés qui n’acceptent pas ces personnes, ou sous des conditions restrictives. Et pour les personnes pour qui cette question n’est pas pertinente, aucune politique migratoire restrictive ne leur est imposée. Les préférences individuelles de chacun sont ainsi respectées sans qu’un modèle de société ne soit imposé à personne. Les débats passionnés autour de l’immigration n’ont ainsi plus lieu d’être, et chacun peut vivre en fonction de ses préférences à condition d’en assumer les choix.

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