Coloscopie de la Minarchie : La Quête des Libéraux pour une Société sans Fouet

Par , Le 23 mars 2024 (Temps de lecture estimé : 7 min)

Dans le labyrinthe de la politique, où la majorité idolâtre l’étatisme, cet article met en lumière la posture unique des libéraux, qui rejettent l’autorité étatique dominante pour embrasser le Droit Naturel et le principe de non-agression, aspirant à une société régie par la liberté plutôt que par la contrainte.

minarchistes

La taxonomie politique peut être difficile, mais pas arbitraire. Le panorama est en général posé de droite à gauche. On aime à catégoriser conservateurs, écommunistes, progressistes, nationalistes, identitaires, socialistes, centristes, avec parfois les préfixes « néo », « ultra », « extrême » (par exemple « ultracentriste », ou « néocommuniste »). Les individus revendiquant ces étiquettes composent des troupeaux poreux plus ou moins osmotiques, qui ont l’air bien distincts, mais que l’entomologiste averti regroupe habilement dans le grand essaim étatiste (que nous nommerons « le GEÉ »). Car tous ces bouillons de culture aux noms bigarrés ont en commun le culte de la chose publique, et de l’état en guise de dominatrice universelle, avec son grand fouet, son air arrogant et ses longues bottes brillantes (que nous nommerons « la mère Michel »). Ils articulent tous leurs interactions autour du droit positif : la loi du plus fort.

Et puis il y a les libéraux. En quoi se distinguent-ils ? C’est bien simple, et c’est la caractéristique principale qui les exclut du GEÉ : ils ne consentent pas à se faire fouetter par la mère Michel. En outre, ils n’adoptent pas cette position par dépit : ils ne rêvent pas d’incarner la mère Michel, contrairement à chaque membre du GEÉ. Les libéraux articulent leurs interactions autour du Droit Naturel : le principe de non-agression.

L’entomologiste pétri d’analogies synthétise alors sa classification sous forme du joli dessin ci-dessous : la mère Michel est ici vue de dessus, comme un puits noir, au centre duquel un escalier en érection vers la clarté de la liberté. L’entomologiste trouve cela lyrique, mais parlant. Alors il continue. Il y a trois marches sur cet escalier, chacune un peu plus étroite, un peu moins mère Michel – mais seulement en périmètre, pas en principe.

zero classement

Chaque niveau est gardé par des escouades armées qui tentent d’empêcher quiconque d’accéder au niveau supérieur. Au niveau le plus haut, il y a les minarchistes. C’est le système immunitaire de la mère Michel. Sans ces macrophages vénéneux, la mère Michel s’étiolerait et retournerait au néant dont elle n’aurait jamais dû sortir. L’entomologiste se rend bien compte qu’il aurait pu dessiner davantage de marches, aux contenus différents. C’est sans importance, c’est le principe qui l’intéresse. Même avec une marche minarchiste plus serrée, les questions qu’il pose à cette sous-couche du GEÉ ne changent pas. Il en fait une liste qu’il faxera au comité central dès l’ouverture des lignes électriques nationales. Voici son rapport en deux duplicatas papier carbone.

Questions aux minarchistes :

Vous préconisez un état minimal, cantonné aux fonctions régaliennes. Son rôle est de protéger les citoyens les criminels.
Comment définissez-vous un criminel ?
Si votre définition prétend respecter le Droit Naturel, comment conciliez-vous la sphère de ce dernier avec le dodécaèdre de l’état minimal en tant que monopole de l’initiation de l’usage de la force légale, par exemple pour extraire des impôts ?
Sur quelle surface cela doit-il avoir lieu ? La taille de l’état minimal est-elle celle d’une mairie, d’une région, d’un pays, d’un continent ?
Quelle quantité d’administrés constitue un état ? Mille ? Trois cent trente-trois mille ? Six cent quinze millions ? Toute la population humaine ?

Vous reprochez aux socialistes leur manque de discernement économique. Vous êtes favorables à l’économie de marché, c’est pour cela que l’état minimal ne doit s’occuper que du régalien.
À quoi limitez-vous le régalien ?
Pourquoi l’économie de marché ne s’y applique pas, pourquoi êtes-vous socialistes du régalien ?
Pourquoi le monopole de l’état minimal ne s’applique qu’au régalien ?

Vous soulignez l’utopisme des libéraux authentiques, ceux qui rejettent toute forme d’état minimal en vertu du principe de non-agression. Tandis que vous, amis archistes, êtes pragmatiques, vous avez les pieds sur terre, et avez une stratégie de diminution de l’état par l’intérieur.
Comment œuvrer en faveur de la mère Michel, même minimale, pourrait bien l’affaiblir ?
Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et la faire disparaître complètement ?
Quand l’état sera minimal, pourquoi le resterait-il ?
Comment convaincre les administrés que leur intérêt particulier est de ne plus en profiter, alors que c’est la raison d’être de la mère Michel ?

N’est-il pas plus utopique de miser sur la volonté citoyenne de minimiser l’état, que de s’en remettre aux lois de l’économie et aux principes du Droit, qui ne souffrent pas d’exception, de calcul, d’interprétation, d’arbitraire ?

Quels principes guident vos réponses ? L’entomologiste n’attend pas d’études statistiques ni d’exemples historiques, et si vous en fournissez quand même il insistera pour connaître le cadre conceptuel dans lequel s’inscrivent ces données empiriques – pourquoi elles ont été choisies et quelles conclusions elles illustrent. Il est impatient de découvrir les axiomes minarchistes et les déductions qui en sont tirées.

La « nature humaine » est citée à la barre pour témoigner de l’impossibilité de laisser les gens dénués d’administration par une autorité suprême. L’être humain est trop sauvage pour rester libre, il lui faut une mère Michel pour le tenir à carreau. On appuie avec des statistiques de crimes, parfois des histoires du moyen-âge, on craint le Far West. On est à fleur de peau. Mais par quel principe les travers de la « nature humaine » n’affectent pas les détenteurs du pouvoir de l’état minimal ? Ce ne sont pas des êtres humains ? Pourquoi la mère Michel reste-t-elle immunisée contre la sauvagerie ? Les pires statistiques de crimes et de guerres ne sont-elles pas dues directement à la mère Michel ? Alors, qui fouette la mère Michel ? La grand-mère Michel ? Et cette dernière, comment s’en protège-t-on ? L’arrière-grand-mère Michel doit-elle être déterrée ? À quel niveau de la hiérarchie s’arrête-t-on ? Pourquoi ? L’entomologiste a besoin d’un substrat rationnel pour comprendre. Quelle est ta déontologie, ami archiste ?

Sans elle, tu n’es rien de plus qu’un membre du GEÉ. Un cultivateur de violence institutionnelle, et peut-être le pire. Tu te disputes avec les autres sous-groupes du GEÉ, ceux des étages inférieurs de l’escalier, et vous vous lancez des chiffres à la figure comme des primates aguerris. Au lieu de leur donner l’exemple en sautant la dernière marche, tes amis archistes et toi tournez vos fusils vers l’intérieur pour changer la garde-robe de la mère Michel, et nous empêcher d’en sortir. C’est d’une rare hypocrisie, c’est même de l’appropriation culturelle qui frise la trahison : vous vous faites passer pour des libéraux, et les communistes des niveaux inférieurs vous croient. Au moins, on peut reconnaître à ces derniers d’être francs du collier : ils souhaitent ouvertement l’établissement d’un élevage de chair humaine, et ils en sont fiers. Ils sont formellement opposés à la liberté, à la prospérité et à la vie. Mais vous, vous prétendez le contraire tout en formant la croûte qui empêche le pu socialiste de gicler pour enfin laisser l’humanité sortir de son adolescence boutonneuse. Et tout ça pour notre bien.

Le passage par la minarchie est certes une voie de sécession envisageable pour l’avènement d’une société libre. Mais la tactique ne peut remplacer la doctrine, la minarchie en tant qu’objectif est une aberration contreproductive qui ne fait que rajouter des bourrelets à la mère Michel. Le plus sain est de se débarrasser complètement du terme « minarchie », et que ceux qui s’en revendiquent choisissent leur camp : libéraux ou animaux.

Pain, paix, amour et partage.

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Laurent SEITER

Gros amateur de graisses comestibles ainsi que sonores, cet ultralibéral apatride vendu au grand capital n'en est pas moins sensible à la finesse et à la rigueur de la doctrine austro-libertarienne.