LE LIBERTARIANISME EST-IL REACTIONNAIRE ?

Le libertarisme est-il réactionnaire ?

On ne le croirait pas, mais le libertarisme est effectivement réactionnaire par Andrew D. Allison mercredi 5 août 2020 pour hoppean.org traduction par Adam Villon.

Dans la préface de l’édition 1991 de l’ouvrage de Murray Rothbard, The Betrayal of The American Right, Rothbard décrit la vieille droite comme suit :

“La vieille droite est née dans les années 1930 en réaction au grand bond en avant (ou en arrière) vers le collectivisme qui caractérisait le New Deal. Cette vieille droite a continué et s’est épanouie tout au long des années 1940 et jusqu’au milieu des années 1950. La vieille droite était farouchement opposée au Big Government et au New Deal à l’intérieur et à l’extérieur du pays, c’est-à-dire aux deux facettes de l’État-providence. Elle combattait l’intervention des États-Unis dans les affaires et les guerres étrangères avec autant de ferveur qu’elle s’opposait à l’intervention dans le pays.”

La deuxième partie de cette description de la vieille droite, pour tout libertarien contemporain, n’est pas une similitude mais une image miroir des vues libertariennes. Le mouvement libertarien est, bien entendu, opposé au gouvernement, à l’intervention étrangère et à une aide sociale trop importante. Mais la première moitié, pour certains, ne ressemble pas tant que cela au mouvement libertarien que nous connaissons aujourd’hui. La deuxième phrase ne nous concerne pas, car le mouvement libertarien n’a pas perdu de son importance au cours du vingtième siècle, mais continue au contraire à se développer et à prendre de l’ampleur au vingt-et-unième siècle, en particulier en dehors des États-Unis. Peut-on dire que le mouvement libertarien est un mouvement de réaction ? Sommes-nous, comme nos détracteurs l’ont prétendu, un mouvement réactionnaire ? La réponse, à mon avis, est la modeste thèse selon laquelle, en opposition à certains changements historiques majeurs dans le paysage politique de l’Occident, le mouvement libertarien est, en effet, réactionnaire.

Ce que signifie être réactionnaire est certainement un point de discorde. Une définition possible, proposée par John Hunter Sedwick, est la suivante : “un mouvement vers le renversement d’une tendance ou d’un état de choses existant, en particulier en politique ; un retour, ou un désir de retour, à un état antérieur des affaires ; un sentiment de révulsion”. Une autre, qu’il tire du Century Dictionary, affirme que la réaction est “une action contraire à une influence antérieure, généralement plus importante que le premier effet ; en politique, une tendance à revenir d’une politique plus avancée à une politique moins avancée, ou le contraire. Toute action en résistance ou en réponse à l’influence d’une autre action ou d’une autre puissance ; action ou opération réflexe ; une impulsion ou une répression opposée.” Quelle que soit la définition précise, il est clair que le réactionnaire s’oppose à un certain statu quo politique en faveur d’un autre statu quo, existant auparavant. La réalité politique d’aujourd’hui ne s’est pas manifestée d’un seul coup. L’État léviathan n’est pas apparu d’un seul coup et les injustices de la fiscalité et de la réglementation ne nous sont pas tombées dessus comme par enchantement. Au contraire, comme nous le savons tous, elles sont apparues avec le passage du temps et l’évolution, la naissance et la destruction des institutions humaines. Certaines de ces institutions nous tourmentent encore aujourd’hui et sont sans aucun doute des raisons majeures de la proéminence (aussi petite soit-elle encore aujourd’hui) et de la nécessité du mouvement libertarien. Et ainsi, comme je le montrerai, à l’aide de trois exemples marquants, le mouvement libertarien se dresse avec ferveur en réaction et en opposition à certains changements horribles qui ont eu lieu dans l’histoire humaine.

Le premier exemple de changement politique auquel le libertarianisme est en réaction est celui mentionné juste au-dessus par Rothbard : le New Deal. Le New Deal a été conçu comme une solution supposée à la Grande Dépression qui a commencé avec l’administration Hoover et s’est poursuivie avec l’administration Roosevelt. La solution impliquait la création de milliers de nouvelles réglementations, de taxes, de projets de travaux publics, de nouveaux départements de l’exécutif ; tout ce à quoi on pense lorsqu’on entend “big government”. De la loi sur les revenus de 1932, qui a augmenté l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur les successions, à la loi sur les banques d’urgence (1933), qui prévoyait un congé bancaire au cours duquel les banques pouvaient éviter de payer les déposants qui détenaient des certificats de dépôt, en passant par la création de la Home Owners’ Loan Corporation et de la Federal Housing Administration, qui ont établi des normes fédérales pour l’évaluation et la construction de maisons, le New Deal a envahi chaque parcelle de la vie américaine et y a inséré le gouvernement. Les libertariens, qui s’opposent évidemment au gouvernement et à son ingérence dans nos vies, ont dû s’y opposer fermement, et donc réagir. Et à ce jour, nous restons dans l’opposition au New Deal. Comment le libertarien d’aujourd’hui peut-il ne pas voir les milliers de départements, de bureaux, d’agences et d’offices de la branche exécutive et ne pas être impressionné par l’incroyable et inutile bureaucratie qui compose le gouvernement fédéral américain ? Ce n’est pas simplement une aversion esthétique pour la grande bureaucratie qui donne aux libertariens de bonnes raisons d’être consternés par le New Deal (après tout, n’y a-t-il pas beaucoup de grandes bureaucraties privées qui sont efficaces et justes ?), mais le fait qu’il a été le point de départ d’une nouvelle ère de taxation et de dépenses gouvernementales. Warren Redlich affirme que “les États-Unis d’Amérique étaient extrêmement libéraux jusqu’en 1860 et l’étaient encore jusqu’en 1930 environ”, car il note que les dépenses publiques américaines n’ont jamais dépassé 10 % du PIB avant 1930. Il y a donc un changement réel et tangible dans le mode de fonctionnement de la politique américaine qui produit plus de violations des droits que son ancien fonctionnement. Ne pouvons-nous pas dire ouvertement et sans équivoque que nous sommes en opposition et en réaction à ce changement de statu quo politique, du petit gouvernement de l’Amérique des origines à l’État léviathan des XXe et XXIe siècles ?

Le deuxième grand changement politique auquel les libertariens sont, ou du moins devraient être, en réaction est la propagation de la démocratie dans l’Europe d’après-guerre. Depuis la fin de la première guerre mondiale, les pays européens ont presque partout connu un changement de régime, passant de monarchies à des républiques. Il suffit de regarder cet ensemble de cartes détaillant la montée des républiques de 1914 à aujourd’hui pour voir le changement radical qui s’est produit en seulement cent ans. La raison pour laquelle les libertariens doivent s’opposer à la démocratie est qu’elle engendre l’illibéralisme, l’intervention et l’agression contre les propriétaires. La raison en est donnée par Hans-Hermann Hoppe dans son ouvrage le plus (in)célèbre, Democracy : The God that Failed. D’une part, nous avons la monarchie, dans laquelle le gouvernement est, en un sens, la “propriété privée” d’un monarque héréditaire. Comme l’explique Hoppe,

“La caractéristique déterminante du régalien de propriété privée est que les ressources expropriées et le privilège du monopole de l’expropriation future sont possédés individuellement. Les ressources appropriées sont ajoutées au patrimoine privé du dirigeant et traitées comme si elles en faisaient partie, et le privilège du monopole de l’expropriation future est rattaché comme un titre à ce patrimoine, entraınant ̂ un accroissement immédiat de sa valeur présente (« capitalisation » du proit de monopole). Surtout, comme propriétaire privé du domaine étatique, le dirigeant est en droit de transmettre ses biens à son héritier personnel ; il peut vendre, louer ou donner tout ou une partie de son domaine privilégié et empocher en propre les fruits de la vente ou de la location ; et il peut personnellement employer ou licencier tout employé ou administrateur de son patrimoine.”

Ainsi, le monarque est incité à permettre la croissance des économies des États qu’il commande par l’accumulation de capital. En revanche, les dirigeants démocratiques ne sont pas incités à se préoccuper de la croissance économique à long terme des États qu’ils dirigent. Au contraire, ils sont incités à piller autant qu’ils le peuvent sans tenir compte du stock de capital du pays qu’ils contrôlent, puisqu’ils ne peuvent pas profiter de la production future de cet État, mais doivent au contraire obtenir autant qu’ils le peuvent pendant leur mandat. Comme le dit Hoppe,

“En fort contraste, le gardien d’un régalien de propriété publique s’efforcera de maximiser non pas la richesse totale étatique (valeur du capital et revenu courant), mais le revenu courant (indépendamment et aux dépens de la valeur du capital). En effet, même si le gardien souhaite agir différemment, il ne le peut pas, car les biens publics sont invendables, et sans prix de marché, le calcul économique est impossible. Par conséquent, il faut voir comme inévitable que le régalien de propriété publique entraıner ̂ a une consommation continue de capital. Au lieu de maintenir ou même d’augmenter la valeur du patrimoine étatique, comme aurait tendance à le faire un propriétaire privé, le gardien temporaire d’un Etat consommera rapidement autant de ressources étatiques que possible, car ce qu’il ne consomme pas maintenant, il pourrait ne plus jamais être en mesure de le consommer “

Ainsi, nous pouvons voir que les régimes démocratiques sont beaucoup plus susceptibles d’entraîner la destruction économique et l’expansion des violations de la propriété privée. Théoriquement, la suggestion de Hoppe selon laquelle les régimes démocratiques sont plus illibéraux que leurs homologues monarchiques semble claire, mais les données empiriques qui soutiennent son argument sont terribles. Comme Hoppe le souligne dans son livre, Getting Libertarianism Right,

“Même si cette époque confirme la prédiction générale, les résultats concrets restent vraiment horribles, dépassant les pires craintes. S’agissant de la dégénérescence morale et la corruption, et en ne prenant en considération que les États-Unis comme exemple et modèle dominant d’État démocratique, une poignée d’indicateurs suffira comme illustration.

 

Mais à la place, ils paradent en public et en plein jour et s’autoproclament, avec pompe, prétention, arrogance et autosatisfaction, les saints bienfaiteurs : de bons samaritains, fonctionnaires désintéressés, bienfaiteurs et sauveurs de l’humanité et de la civilisation humaine.”

Ainsi, le libertarien, qui se préoccupe de freiner l’expansion du gouvernement et sa violation des droits des propriétaires, devrait s’opposer à l’expansion de la démocratie en Europe. Une fois de plus, nous sommes passés d’un statu quo politique antérieur à un nouveau statu quo dans lequel le statu quo contemporain est manifestement pire : c’est un statu quo qui encourage et produit davantage de violations des droits de propriété. Ainsi, nous devons réagir aux horreurs de la démocratie et à sa propagation à travers l’Europe et espérer que nous pourrons revenir, un jour, à un meilleur (bien que loin d’être parfait) statu quo politique : celui de la monarchie.

Enfin, il y a le plus grand changement politique de tous les temps. La plus grande erreur de l’histoire humaine qui doit être corrigée. Il s’agit de l’avènement de l’État. Il ne fait aucun doute que le libertarien considère l’État comme un grand violateur des droits et qu’il a fait l’objet de nombreuses analyses libertariennes. Comme l’explique Rothbard dans Power & Market, ” L’État est uniquement l’agence engagée dans la violence régularisée à grande échelle. ” Alors, qu’est-ce que l’État ? Un État est un monopole juridique territorial qui est le juge final dans tous les cas de conflits interpersonnels, y compris ceux dans lesquels il est lui-même impliqué. Pour tout profane, il s’agit là d’un problème presque évident. Si je dois être le juge dans le cas d’un conflit interpersonnel, y compris moi-même, comme je l’ai répété précédemment, deux problèmes se présentent. Le premier est le plus évident : dans les cas de conflits interpersonnels dans lesquels je suis impliqué, je prendrai sans aucun doute parti en ma propre faveur. Si un autre homme prétend que j’ai volé ses récoltes, je jugerai simplement que je ne l’ai pas fait. Si je prétends que quelqu’un d’autre a volé ma télévision et qu’il prétend le contraire, je jugerai simplement qu’il a effectivement volé ma télévision. Mais le problème ne s’arrête pas au fait que je juge en ma faveur chaque fois qu’un conflit survient. Au contraire, je suis maintenant incité à créer des conflits interpersonnels pour mon propre bénéfice. Maintenant, je peux simplement voler vos récoltes, votre télévision ou votre maison sans craindre de représailles puisque je jugerai si je suis coupable d’un crime. Je peux maintenant violer votre personne, vous utiliser comme bon me semble, vous faire travailler à mon profit ou peut-être mourir pour défendre mon territoire si je le souhaite. Encore une fois, qui m’arrêtera ? Je décide de ce qui est criminel.

L’État est donc clairement un grand mal, un grand oppresseur, auquel le libertarien doit s’opposer. Mais comment l’État est-il apparu ? Comme le demande Hoppe, “Comment une institution aussi folle que l’État est-elle devenue possible ? Quelque chose qui, à première vue, n’a pas le moindre sens ? “. Je proposerai ici deux explications (non exhaustives) de l’origine de l’État qui ont été prises au sérieux par les libertariens. La première, est celle du sociologue Ludwig Gumplowicz, la théorie de la conquête de l’État. Harry E. Barnes a résumé la théorie de Gumplowicz comme suit :

“Afin d’orienter la suite de l’analyse, la théorie de Gumplowicz concernant les origines politiques peut être brièvement résumée comme suit : il faut supposer que l’humanité a eu une origine polygénique, ce qui a entraîné l’existence de nombreux groupes sociaux différents ou hétérogènes. Ces groupes ont été amenés à entrer en conflit les uns avec les autres par la tendance naturelle et inévitable de tous les individus et groupes à améliorer leur statut économique et à accroître les moyens de satisfaire leurs désirs. Les premières conquêtes d’un groupe par un autre ont normalement abouti à l’extermination des conquis, mais tôt ou tard, le massacre a été commué en soumission physique et politique et c’est ainsi que sont nées les institutions de la souveraineté politique et de l’État.”

Rothbard était un partisan de cette théorie de l’origine de l’État et affirmait que Grumplowicz “a souligné que, en fait, les États sont nés de la conquête et de la coercition d’un groupe ethnique ou “racial” sur un autre”. L’ouvrage le plus intéressant (de l’avis de cet auteur), bien que moins connu, de Rothbard sur le sujet est sa nouvelle, A Fable for Our Times By One of the Unreconstructed, dans laquelle il commence par un récit fictif de la naissance d’un État qui suit la théorie de la conquête :

“Il était une fois une vallée paisible. Les gens étaient heureux dans cette vallée ; ils travaillaient, ils commerçaient, et ils riaient ensemble. Aucun homme n’exerçait de force sur son voisin, et tous vivaient et prospéraient.

Un jour, une bande de maraudeurs errants est arrivée dans cette vallée, dirigée par un chef de bande, que nous appellerons Hector. Cette bande arriva avec des mitrailleuses, et, comme c’était leur habitude, viola et pilla à volonté parmi les habitants de la vallée. Alors qu’ils s’apprêtaient, comme à l’accoutumée, à mettre toute la vallée à feu et à sang (“pour le plaisir”, comme l’a dit succinctement l’un des membres de la bande d’Hector), l’un des leurs, un jeune et brillant intellectuel que nous appellerons Iago, les arrêta. “Écoute, chef, dit Iago, pourquoi ne pas changer notre modus operandi ? Je commence à en avoir assez de tous ces déplacements, toujours à la recherche de la prochaine cible, des prochaines victimes, toujours en fuite. C’est un endroit isolé, un endroit magnifique. Installons-nous ici, et gérons la vie de ces gens. Comme ça, on pourra les exploiter tout le temps, au lieu de tous les tuer et de passer à autre chose.” Hector était un chef de gang rusé, et il a vu la sagesse de l’idée. Le gang s’est installé.

Et ainsi, le vol et le pillage devinrent chroniques au lieu d’être aigus. Un tribut annuel était prélevé sur le peuple, le Gang exerçait son pouvoir et sa dictature sur lui, et le Gang se pavanait en uniforme, donnant des ordres.”

Si nous prenons au sérieux la théorie de la conquête de l’État, nous devons reconnaître qu’il existait des sociétés sans État avant la formation d’un État conquérant. Ainsi, ce “péché originel” de l’étatisme est un péché qui doit être corrigé. Nous devons, une fois encore, demander à revenir à un statu quo politique qui existait avant le nôtre, une société sans état.

La deuxième théorie que je présenterai sur l’origine de l’État est celle dont Hoppe est un partisan. Dans ce cas, Hoppe soutient que

” À l’époque du Moyen Âge, les gens confiaient leurs conflits à ce que nous pourrions appeler des aristocrates ou des nobles. Vous ne choisiriez pas comme juge quelqu’un qui n’a pas d’influence, qui n’est pas respecté par le reste de la population, car, en fin de compte, vous devez faire appliquer le verdict rendu par le juge. Et ce n’est que si vous avez des personnes éminentes qui réussissent et qui sont respectées par le public que vous serez en mesure de faire appliquer votre verdict, que les gens accepteront que c’est le bon jugement et que c’est la façon de résoudre ce problème. Et il n’y avait pas une seule personne ou une seule institution à laquelle vous pouviez vous adresser pour résoudre vos conflits, mais il y en avait plusieurs, plusieurs personnes éminentes, des aristocrates, peu importe, des personnes très respectées parmi lesquelles vous pouviez choisir et il n’y avait personne qui était le juge ultime. Même si vous aviez un juge qui prenait telle ou telle décision, sa parole n’était pas le dernier mot. Vous pouviez toujours vous adresser à quelqu’un d’autre. Et tout le monde, tous les juges, étaient considérés comme étant soumis à la même loi. Personne n’avait une position de monopole dans ce domaine. Vous pouviez toujours aller plus haut. Vous pouviez aller voir le roi. Vous pouviez faire appel au pape. Et même le pape n’était pas le décideur ultime car les papes pouvaient aussi perdre leur poste. Il y avait donc une concurrence dans la fonction de juge pour décider de la manière dont les conflits devaient être traités.

Un grand pas a alors été franchi (et le plus décisif) lorsque l’un de ces juges volontairement choisis, en concurrence avec d’autres juges pour obtenir le respect, s’est élevé au rang de juge monopolistique. “Ma parole est la parole finale et il n’y a pas d’appel au-delà de ma décision. Personne n’est au-dessus de moi. Ma décision est la décision finale et c’est tout.” C’est ce que nous appellerions un roi absolu. Il élimine tous ses concurrents potentiels ; tous les autres nobles, les juges auxquels vous pouviez auparavant faire appel si vous n’étiez pas satisfait de la première décision telle qu’elle a été prise.

Comment ont-ils pu s’en tirer ? D’une part, ils s’en sont sortis en soudoyant certains des autres juges concurrents en disant : “D’accord, je vous donnerai une position subordonnée dans ma cour”. Et l’autre chose qu’ils ont dit, c’est qu’ils ont parlé aux gens, au grand public, “Écoutez, vous avez peut-être certaines obligations et certains contrats avec d’autres personnes que vous regrettez d’avoir conclus et je vais vous libérer de ces obligations”. Et ainsi, ils ont obtenu le soutien du public pour ce passage de juges concurrents à une situation où vous aviez un juge monopolistique. Historiquement, ce processus a pris plusieurs centaines d’années. Il a commencé à la fin du 16e siècle et au début du 17e siècle, lorsque des États ont été formés alors qu’auparavant il n’existait pas d’État. Il existait des centres d’autorité concurrents mais pas d’autorité ultime. (Ce texte est tiré de la conférence à Moscou mentionnée ci-dessus, toutes les erreurs sont de l’auteur actuel) “

Bien que la théorie de l’État privilégiée par Hoppe semble très différente de celle de Rothbard, il existe une similitude importante : il y a eu un changement politique d’une société sans État à une société étatiste. Si l’on regarde le monde d’aujourd’hui, on ne trouve pratiquement aucune terre qui ne soit pas sous le contrôle d’un État. Le libertarien doit donc reconnaître que ce changement politique est majeur et a un impact décisif, et qu’il doit faire l’objet d’une opposition. On peut se demander si la théorie libertarienne aurait pu atteindre son niveau de précision actuel sans ce changement politique particulier. Alors, quelle est la position du libertarien face à ce changement ? Encore une fois, ils doivent s’y opposer avec ferveur et réagir.

Ici, je n’ai mentionné que quelques-unes des nombreuses façons dont le paysage politique a changé pour le pire au fil du temps. Il existe de nombreux exemples, rien que dans l’histoire contemporaine, que nous devrions considérer, là encore, comme des changements négatifs du monde dans lequel nous vivons : Le passage de la monnaie dure à la monnaie fiduciaire, la centralisation du pouvoir européen à travers l’Union européenne, la production massive d’armes nucléaires par les superpuissances, etc. Sans aucun doute, alors que l’humanité continue à faire évoluer ses institutions, à en créer de nouvelles et à détruire les anciennes, nous verrons davantage de changements que nous devons considérer comme négatifs.

Qu’est-ce que cela signifie pour le libertarien d’aujourd’hui ? Cela signifie que nous ne devons pas accepter tous les changements comme positifs. La marche du progrès est rarement linéaire. Certains changements sont finalement régressifs et vont à l’encontre de notre objectif en tant que mouvement. Nous devons donc considérer tous les changements politiques avec scepticisme, toujours à travers le prisme libertarien. Le libertarien doit se demander si les changements qui se produisent actuellement autour de lui vont dans le sens de la justice. Il doit demander à chaque nouvelle institution si elle sert ou si elle s’oppose à l’idéal libertarien. En outre, le libertarien doit chercher dans les traditions et les institutions existantes et antérieures pour se demander si elles ne servent pas mieux notre objectif aujourd’hui que les institutions qui pourraient les remplacer. Il n’y a rien à craindre du passé si le passé sert de guide vers la justice là où la modernité nous tourne vers l’injustice et l’absurdité. Comme l’a écrit Herbert Spencer, ” Toute violation produit une réaction “. Nous devons toujours nous opposer à toute violation des droits de l’homme. Nous devons nous élever en réaction contre elles.

Note du traducteur :

Vous pouvez vous procurer Démocratie le Dieu qui a échoué  et Bien Comprendre le Libertarianisme  de Hans Hermann Hoppe sur le site des Editions Résurgence https://editionsresurgence.com/

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