Comment peut-on encore être hétérosexuel ?

Comment peut-on encore être hétérosexuel ?

Maïa Mazaurette est une journaliste qui écrit principalement sur les questions de sexualité, dans lesquelles elle défend des positions néo-féministes et souvent controversées (comme sa promotion de l’infidélité). Dans son dernier article paru dans le journal « Le Monde » intitulé « Comment peut-on encore être hétérosexuel ?», elle nous invite à « sortir du cadre rigide de la culture hétérosexuelle et à élargir son répertoire pour une sexualité plus épanouie » et nous assure que « l’orientation sexuelle ne conditionne pas les pratiques ».

Ce choix éditorial permet d’apprécier le sens aigu des priorités du journal dans une société où l’inflation asphyxie les français, où l’on ne sait même plus si l’ont peut encore aller voir un match de foot sans avoir peur pour sa vie.

Cet article est selon moi une nouvelle illustration du concept de « croyance de luxe », sur lequel j’avais déjà écrit : le simple fait de s’interroger sur la possibilité de sortir de l’hétérosexualité montre d’emblée que l’auteur est une bourgeoise suffisamment éloignée des réalités quotidiennes pour avoir le luxe de se poser des questions aussi déconcertantes.

L’hétérosexualité et l’homosexualité ne sont pas des choix

Avec comme toile de fond une misandrie à peine dissimulée, la chroniqueuse nous explique que les femmes gagneraient à s’ouvrir à d’autres pratiques sexuelles, et notamment avec d’autres femmes car cela leur permettrait de gagner en satisfaction sexuelle. Ce raisonnement repose ainsi sur l’hypothèse étonnante qu’il serait tout à fait possible pour une femme hétérosexuelle d’apprendre à désirer les femmes, et que l’hétérosexualité serait donc en partie au moins culturelle.

Malheureusement, la biologie semble s’obstiner à contredire les discours féministes (qui supportent décidément mal la confrontation avec le réel), puisque comme l’explique le biologiste Jacques Balthazrt : « Il y a une masse de données scientifiques accumulées ces 30 dernières années qui démontrent très clairement que l’orientation sexuelle n’est pas un choix. On sait qu’il y a des déterminismes hormonaux qui contrôlent l’orientation sexuelle, des déterminismes génétiques, des déterminismes liés à réactions immunologiques de la mère etc. ». A moins de préférer comme Maïa Mazaurette les « discours féministes » à ceux des spécialistes de la question, on ne peut donc pas affirmer qu’il est possible de « moduler les préférences » en matière de sexualité. Quant à affirmer que « l’orientation sexuelle ne conditionne pas les pratiques », c’est à peu près aussi pertinent que de prétendre que l’intolérance au lactose ne conditionne pas la consommation de yahourts.

Il m’a paru inquiétant que ces discours qui se réclament pourtant d’un certain « progressisme » ouvrent la porte à la justification de pratiques barbares envers les homosexuels : condamner les « camps de reconversion » devient en effet beaucoup plus ardu dès lors qu’on admet que l’homosexualité est un choix. La chroniqueuse balaye rapidement cette remarque, sans pourtant voir à quel point son discours est similaire à celui des intégristes les plus intolérants. D’ailleurs, si le jeune hétérosexuel que je suis avait écrit un article similaire pour inciter les lesbiennes à s’essayer aux pratiques hétérosexuelles en utilisant les mêmes arguments, je me serais probablement retrouvé au tribunal.

Une quête de plaisir mortifère

Au-delà de ces questions biologiques, l’approche philosophique de Maïa Mazaurette (que l’on retrouve dans ses livres et plus généralement dans l’ensemble du courant néo-féministe) ne me paraît en rien émancipatrice pour les femmes. Comme toujours, le cœur de la réflexion est la satisfaction sexuelle, qui n’est considérée que sous des aspects quantitatifs : « Les gays et lesbiennes ont une plus grande expérience des coups d’un soir, du sexe à plusieurs, des pratiques anales et sextoys : victoire à plat de couture, sur toute la ligne » ; « 80% des homosexuels ont eu plus de 10 partenaires dans leur vie, mais seulement 37% des hétérosexuels » etc. Cette accumulation de statistiques serait, selon la journaliste, la preuve que les relations homosexuelles sont globalement plus désirables que les relations hétérosexuelles. En clair, plus on consommerait de pratiques sexuelles, plus on serait heureux.

Pourtant, si deux adultes consentants sont certes libres de se livrer à des « coups d’un soir » et de multiplier les partenaires, il n’est en rien évident qu’il faille y voir là l’expression d’une sexualité épanouie, et encore moins d’une vie heureuse. En quoi ces pratiques seraient-elles plus enviables que le fait de ne partager son lit et sa vie qu’avec un seul partenaire ? J’ai la naïveté de croire qu’il existe encore des femmes qui cherchent davantage à construire une relation durable qu’à enchaîner les expériences sans lendemain. A ces dernières, on ne peut que recommander ne surtout pas suivre les conseils de notre « experte », puisque les recherches montrent qu’augmenter le nombre de partenaires sexuels avec le mariage augmente très significativement la probabilité de divorce dans le futur (et à ce sujet on n’évoquera même pas les risques de l’infidélité promue par M.Mazaurette…).

Bien loin de libérer les femmes d’une sexualité « hétérocentrée », je crois que M.Mazaurette les enferme au contraire dans le piège d’une éternelle quête de satisfaction. La notion de relation semble complètement lui échapper dans chacune de ses chroniques (comme cet article où elle met la masturbation sur le même plan qu’une relation sexuelle, sans voir que la recherche d’une altérité dans la sexualité dépasse la simple recherche de plaisir). La sexualité est réduite à un désir de jouissance, sans possibilité d’être un moment d’amour. Il est d’ailleurs frappant que le mot « amour » revienne si rarement (à titre personnel je n’ai pas le souvenir de l’avoir déjà lu dans une de ses chroniques), alors que son thème de prédilection est la sexualité. Vidées de tout sens profond, les relations sexuelles ne sont perçues que comme lieu de domination patriarcale, qu’il faudrait démolir pour atteindre la jouissance.

Ainsi, si le féminisme actuel n’est plus capable de concevoir des relations hommes/femmes saines, c’est moins pour sa misandrie (rarement assumée) que pour son absence de réflexion sur le sens de la liberté et des relations. A force de placer les femmes en victime éternelles et de multiplier les injonctions à « se libérer » (par une sexualité débridée, une carrière ambitieuse…) il les prive de leur statut d’individus capables de réfléchir, de donner un sens à leurs actions et d’entrer en relation avec autrui.

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