Qui prendra l’aller simple pour Mars ? Aventuriers, bannis ou familles en quête d’un nouveau départ : les pionniers de la Planète rouge seront les reflets d’un monde en rupture.
À ce stade de notre aventure, les premiers Fondateurs ont donc chacun planté leur oriflamme sur la Planète rouge, les premières installations sont en place, les premières ressources sont sécurisées. La question de la faisabilité des grands projets martiens semble réglée : non seulement la vie sur Mars semble possible, mais elle constitue désormais un rêve accessible au grand nombre. Mais justement, ce « grand nombre », quel est-il ? Qui parmi les gens sur Terre prendra un aller simple pour Mars ?
Pour répondre à cette question essentielle de la seconde grande étape de l’épopée martienne, il faut rappeler une évidence. Pendant longtemps encore, les voyages de la Terre jusqu’à Mars resteront fort chers. Prendre un aller simple en réduit le prix de moitié, mais il faut alors faire son deuil éternel de la Planète Bleue et donc de sa vie d’avant. C’est le « Great Reset » absolu pour chaque aventurier.
La réussite de Han Solo à défier la puissance d’Elijah Baley fut vite connue et reconnue sur Terre. Elle engendra de nombreuses vocations chez les entrepreneurs et les Hommes libres qui, un peu partout, avaient compris que l’emprise de la démocratie sur le monde ne leur laissait guère d’espoir pour une vie heureuse et prospère. Han Solo, le premier, l’avait bien compris. Il organisa un concours mondial : chaque année, les dix meilleurs candidats gagnaient un voyage et une place au sein de ses équipes.
Cette dynamique créa de nombreuses autres initiatives. Tout d’un coup, sur Terre, l’espoir changeait de camp. Outre le nombre grandissant de candidats au concours de Han Solo, il y eut surtout la foule grandissante de ceux qui ne purent gagner leur sésame pour Mars. Leur éveil à la sombre réalité de la démocratie, d’abord focalisé dans un effort énorme pour faire partie des Dix, se retourna bientôt vers une contestation politique en proportion des espoirs frustrés. Politique, mais pas seulement. Car beaucoup de ces Hommes à l’esprit libre avaient ainsi compris que c’est à entreprendre ensemble qu’ils pourraient se donner les meilleures chances de réussir par eux-mêmes à rejoindre la planète.
Ou à faire sécession, à défaut des moyens d’un an de voyage. On vit ainsi un fort regain pour tous les projets d’agorisme, de marché noir et pour les revendications, un peu partout, pour l’indépendance de petits territoires. Un réseau de villages isolés, une association d’îles privées connurent l’embellie. La Russie vit plusieurs de ses « républiques » prendre le large – Carélie, Oudmourtie… En Amérique, les deux Dakota furent rendus aux Sioux. En Europe, entre Wallons et Flamands, la Belgique s’effrite.
Cette soudaine et violente contestation de la Décivilisation mondiale, l’ordre aux mains de Jack Attila, ne pouvait rester longtemps sans réaction. Bientôt, Klaus Schwob fut en charge d’un projet destiné à contrer tous ces espoirs, tout en pouvant prétendre apporter une solution à la criminalité toujours galopante sur Terre, du fait de la défaillance étatique à toute forme de service public et de sécurité.
Klaus Schwob n’est pas un personnage spécialement imaginatif. Son projet, il l’a repris de l’histoire, et peut-être aussi de récits de SF tels que Jeu de Pistes.* Ainsi une fois découverte, l’Australie fut traitée comme un bagne de l’autre bout du monde. Beaucoup des premiers habitants y furent envoyés pour éloigner ces criminels de Londres. C’est certes un moyen simple de nettoyer la criminalité à pas cher.
Mais sur Mars, Schwob a un tout autre dessein. Avec cette population ne lui coûtant rien, dont il sait combien elle peut être nocive, il entend bien organiser la lutte contre la Mosaïque de Han Solo. Ainsi, il dispose d’un flux continu de tristes sires venant renforcer les forces d’un lent pire sur Mars. Mais surtout ces troupes sont – a priori – assez viciées pour jalouser et s’attaquer aux villages de Han Solo. La guerre ne coûte jamais rien à qui l’organise – il n’y a guerre que quand ses victimes sont du bétail.
Enfin, ‘a priori’, justement. Car une fois sur place, beaucoup de « criminels » se retournèrent contre Karl Schwob et ses lieutenants. Sur Terre, leur crime était surtout motivé par l’opposition au régime. Parfois, le désespoir pousse au crime, voire au meurtre. Or, face à des gens n’aspirant qu’à la Liberté, des gens comme eux, bien souvent, l’espoir réveillé ne pouvait que se retourner contre leur geôlier.
Et les femmes, dans tout cela ? Accueillir des aventuriers, ou des criminels, sur la Planète Rouge, cela trouve vite ses limites. Des femmes et des familles seront nécessaires aussi. La Conquête de l’Ouest a cependant montré que dès que les voyages se furent organisés et vulgarisés, de nombreux opprimés trouvèrent le courage de traverser océan et continent pour refaire leur vie au Far West. Parions que pour Mars aussi, hélas, l’oppression étatique sera la meilleure force pour pousser si loin les familles.
* Jeu de Pistes : https://www.amazon.fr/Jeu-Pistes-vie-aux-vivants/dp/B08W7JTVC5